Récupérer un logement loué : quand, comment et quelles précautions pour le bailleur

Législation02/03/26Emmanuelle Cadot9 min
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Récupérer un logement loué : quand, comment et quelles précautions pour le bailleur

Pour récupérer un logement loué, un propriétaire ne peut pas « arrêter le bail » quand il le souhaite : la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 encadre strictement la reprise, et elle ne fonctionne, en principe, qu'à l'échéance du bail. La méthode tient en trois questions pratiques: avez-vous un motif légal, respectez-vous le délai de préavis, et votre congé est-il irréprochable sur la forme.

C'est quoi, juridiquement, « récupérer » un logement loué ?

Dans le langage courant, « récupérer » signifie que le locataire quitte les lieux. Juridiquement, vous ne reprenez pas un bien « occupé » par simple décision: vous donnez congé pour la fin du bail, en respectant les conditions prévues par la loi du 6 juillet 1989 (notamment ses articles 12, 15 et suivants). En revanche, hors fin de bail, la récupération du logement n'est envisagée que dans des hypothèses contentieuses (résiliation judiciaire ou mise en oeuvre d'une clause de résiliation de plein droit valablement activée).

À noter: « donner congé » n'autorise jamais à se faire justice soi-même. Un cas que je vois encore passer, y compris chez des bailleurs de bonne foi: le changement de serrure « parce que le préavis est donné ». C'est précisément le terrain de la violation de domicile, pénalement sanctionnée (1 an d'emprisonnement et 15 000 € d'amende). La règle est simple: tant que le locataire est titulaire de son droit d'occupation, l'accès se fait avec son accord.

Quels sont les 3 motifs légaux qui permettent au propriétaire de donner congé ?

La loi est très claire: le bailleur ne peut refuser le renouvellement du bail qu'à son échéance, et uniquement pour l'un des trois motifs suivants: reprise pour y habiter, vente, ou motif légitime et sérieux. Le fil directeur, c'est la réalité du motif: un congé approximatif ou « de façade » est contestable et peut être annulé.

1) La reprise pour habiter: pour vous ou un proche

Le congé pour reprise vise une occupation en résidence principale. Vous devez indiquer l'identité et l'adresse du bénéficiaire, et, si vous reprenez pour un proche, préciser le lien de parenté. Sur le fond, il faut pouvoir démontrer le caractère réel et sérieux du projet.

En pratique, votre dossier est plus robuste si vous annexez des éléments cohérents, par exemple: livret de famille, attestation d'employeur (mutation, nouvel emploi), factures de déménagement ou justificatifs relatifs au logement précédent. L'objectif n'est pas d'en faire trop, mais d'être crédible et traçable.

Précision importante: lorsque la reprise est faite pour résidence principale, des règles issues de la loi ALUR (2014) prévoient, en cas d'abus constaté, une interdiction de remise en location pendant 2 ans. Autrement dit, la reprise engage: elle ne doit pas être utilisée comme un simple levier pour « faire partir ».

2) Le congé pour vente: une offre encadrée, avec un délai

Le congé pour vente n'est pas une lettre vague annonçant une intention. Il doit contenir le motif « vente », le prix et les conditions de vente, ainsi qu'une description du logement. Et surtout, il impose une formalité textuelle: la lettre doit reproduire les 5 premiers alinéas du II de l'article 15 de la loi du 6 juillet 1989. Vous devez aussi joindre la notice d'information obligatoire depuis le 1er janvier 2018 (arrêté du 13 décembre 2017).

L'offre de vente faite au locataire a une logique propre: elle est valable 2 mois pendant le préavis. Le locataire peut:

  • accepter, par LRAR, en précisant s'il recourt à un prêt,
  • refuser,
  • ne pas répondre, ce qui vaut refus.

Éléments de réponse à une question fréquente: si vous « jouez » avec le prix ou les conditions sans cohérence, vous créez un angle de contestation. Et si le congé est frauduleux (fausses déclarations sur la finalité), vous vous exposez à l'annulation, voire à des sanctions.

3) Le motif légitime et sérieux: quand la relation locative ne tient plus

Le motif légitime et sérieux recouvre des situations où le comportement du locataire ou la situation du logement justifie la fin du bail. Des exemples typiques sont cités: loyers impayés répétés, défaut d'entretien mettant en péril le bien, troubles de voisinage graves, sous-location non autorisée, ou travaux lourds nécessitant la libération des lieux. Ce motif se prouve: vous aurez besoin d'éléments datés, cohérents et, si nécessaire, de décisions judiciaires.

Si votre bail contient une clause de résiliation de plein droit, la mise en oeuvre obéit à des délais. Pour le défaut de paiement, la clause ne produit effet qu'après 2 mois suivant un commandement de payer resté infructueux (référence jurisprudentielle citée: Cass. Civ. 3ème, 2 février 2010, n°08-21.457). Pour le défaut d'assurance, la clause opère 1 mois après un commandement infructueux. Et pour des troubles de voisinage, la résiliation requiert généralement une décision judiciaire passée en force de chose jugée, tout comme les délais de reversement des loyers dépendent du cadre applicable.

Quels délais respecter, et à partir de quand le préavis commence-t-il ?

Deux durées dominent, très opérationnelles: 6 mois avant le terme pour une location vide, 3 mois pour une location meublée. Le point qui piège le plus souvent n'est pas la durée, mais le point de départ: le préavis court à la réception effective du congé (et non à la date d'envoi), comme pour le préavis d'un mois en meublé.

Quels modes de notification sont valables: lettre recommandée avec avis de réception (LRAR), acte d'huissier, ou remise en main propre contre récépissé ou émargement. Les week-ends et jours fériés se gèrent, en pratique, au regard de cette réception effective.

Type de locationDélai de préavis du congé bailleurQuand le délai commenceNotification admise
Location vide6 mois avant l'échéance du bailDate de réception effectiveLRAR, acte d'huissier, remise contre récépissé
Location meublée3 mois avant l'échéance du bailDate de réception effectiveLRAR, acte d'huissier, remise contre récépissé

À noter: un congé tardif n'est pas « rattrapé » par une explication. L'exemple donné est parlant: un congé notifié en février 2026 pour un bail qui a pris fin le 27 janvier 2026 devient inopposable jusqu'au 27 janvier 2029. Autrement dit, si vous ratez la fenêtre, vous retombez sur l'échéance suivante.

Comment rédiger un congé conforme, sans angle d'annulation ?

Un congé utile est un congé complet, daté, et prouvable. Depuis le 1er janvier 2018, la notice d'information (arrêté du 13 décembre 2017) doit être jointe: c'est un classique des annulations quand elle manque.

Mentions à intégrer selon le motif

Pour une reprise, vous mentionnez le motif, l'identité et l'adresse du bénéficiaire, le lien de parenté si nécessaire, et des éléments rendant le projet « réel et sérieux ». Pour une vente, vous indiquez le prix et les conditions, décrivez le logement, reproduisez les 5 premiers alinéas du II de l'article 15, et joignez la notice. Dans tous les cas, soignez la désignation des parties: le congé doit viser tous les titulaires du bail lorsque c'est un bail unique (cas fréquent en colocation).

Les contestations les plus fréquentes, côté bailleur

Voici les causes typiques de contestation mentionnées, que vous pouvez utiliser comme check-list de conformité:

  • il manque une mention obligatoire, ou la notice obligatoire n'est pas jointe,
  • le congé n'émane pas du propriétaire ou de son représentant,
  • le courrier n'est pas adressé à tous les locataires concernés,
  • l'envoi a été fait en lettre simple, ou le délai de préavis n'est pas respecté,
  • le congé vise un locataire protégé sans respecter les conditions, ou la vente a été proposée à des conditions plus avantageuses sans information du locataire, ou encore le congé pour vente est frauduleux.

« Le bon congé n'est pas celui qui "dit les choses", c'est celui qui se prouve: une date de réception, des mentions complètes, et un dossier de pièces cohérent. »

Locataire protégé, contestation, juge: comment anticiper sans s'exposer ?

Certains locataires bénéficient d'une protection, notamment en fonction de l'âge (exemple cité: plus de 65 ans) et de conditions de ressources. Si vous donnez congé dans ce contexte, vérifiez les conditions applicables et, le cas échéant, préparez une solution adaptée, pouvant aller jusqu'à une offre de relogement selon les situations évoquées.

Si le locataire conteste, la voie décrite est progressive: d'abord un échange par LRAR, puis la commission départementale de conciliation (CDC), gratuite, et enfin, en l'absence d'accord, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire du lieu du logement. Le juge peut notamment annuler le congé, maintenir le congé avec délai supplémentaire, accorder des dommages-intérêts, ou tirer les conséquences d'une reprise abusive, dont l'interdiction de remise en location pendant 2 ans déjà évoquée.

Dernier réflexe de bailleur prudent: gardez une culture de la preuve. Conservez copies, récépissés, accusés de réception, et un dossier clair des pièces justifiant votre motif. Sur ce terrain, « je l'ai envoyé » pèse moins que « je peux démontrer la réception et le contenu exact, pièces à l'appui ».

À propos de l'auteur

Emmanuelle Cadot

Emmanuelle Cadot

Je suis Emmanuelle Cadot, experte immobilière et juridique. Je vous explique clairement les notions techniques (immobilier, assurance, finance, travaux, location) et je vous guiderai au mieux, en mettant l'accent sur vos droits, vos obligations et les preuves à conserver.